Qui est Haïlé Sélassié 1er ?

 

Pour le monde, Hailé Sélassié Ier est le dernier empereur de l’Éthiopie. Pour les adeptes du rastafarisme, il est l’Envoyé de Dieu venu pour les délivrer de l’emprise de l’Homme blanc. Vénéré par son peuple et par les rastas, il était connu comme étant « le roi des rois » et a grandement participé au développement de son pays sur tous les plans.

L’héritier d’une grande lignée
Tafari Makonnen est le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, dans la province du Harar. Son père était Ras Makonnen, un homme de valeur connu pour ses prouesses dans la victoire d’Adoua contre les Italiens. À la mort de ce dernier en 1906, Tafari sera recueilli à l’âge de 14 ans par son cousin, l’empereur Ménélik II.

À partir de 1916, il se fait appeler Ras Tafari et devient le régent et l’héritier présomptif de l’impératrice de Zauditu, fille de Mélénik II. C’est en 1928 qu’elle le couronnera roi.

À la mort de cette dernière en 1930, Tafari est sacré empereur le 2 novembre et devient Hailé Sélassié Ier (Force de la Trinité), le Roi des rois. Il revendiquera d’ailleurs être le descendant de la lignée du roi Salomon et de la reine de Saba. C’est de là que viendra son surnom de « Lion de Judée éthiopien », en référence à la Tribu de Juda d’Israël cité dans la Bible.

 

Hailé Sélassié : ce qu’il a apporté à l’Éthiopie
Plus qu’un simple souverain, Hailé Sélassié aura laissé un héritage important à son pays. Son règne aura été synonyme de grands changements positifs pour l’Éthiopie. Parmi ses projets, il y aura construit sa première université ainsi que de nombreuses écoles.
Hailé Sélassié a aussi été l’instigateur de la première constitution écrite en Éthiopie. Il prévoyait également un parlement bicaméral avec deux chambres, un code légal ainsi qu’un statut égal pour tous les Éthiopiens.

Pendant sa période de régence, il intègrera même l’Éthiopie à la Société des Nations en 1923. Ce qui fera d’elle l’un des rares pays d’Afrique qui y adhèreront à cette époque. Et en 1963, le souverain éthiopien sera également à la tête de la première réunion de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), que l’on appelle désormais Union africaine. Il aura même été à l’origine de sa première charte et en deviendra le premier président. Le siège de l’organisation est d’ailleurs situé à Addis-Abeba.

Rastafarisme : le culte du Messie noir
L’empereur éthiopien Hailé Sélassié est considéré comme le Messager de Dieu pour les rastas. Son couronnement en 1930 serait la réalisation d’une prophétie prédite par Marvin Garvey quelques années auparavant. Ce dernier aura repris les paroles du révérend Moris Webb qui avait annoncé qu’un roi noir viendrait sauver tous les Africains.

Pour les rastas, la terre promise se trouve en Éthiopie. De plus, au moment du couronnement du nouvel empereur, ce fut le seul pays qui résistait encore aux colons européens. C’est également de son nom que découle le terme « rastafarisme ». En effet, Ras Tafari se traduit par « celui qui est redouté » ou « celui que l’on attend ».

C’est également de lui que les rastas tiennent leur emblème : le lion de Judée. Car le peuple éthiopien est convaincu que ses souverains descendent de la lignée du roi Salomon et de la Reine de Saba. Et d’après la bible, ce dernier était également un descendant de la Tribu de Juda, une ancienne tribu d’Israël.

Les relations entre Hailé Sélassié et les rastas
Hailé Sélassié affectionne beaucoup les rastas. Pour leur montrer sa bienveillance à leur égard, il leur a offert 500 hectares de terre en Éthiopie. Celle-ci est considérée comme une Terre sainte pour les adeptes du rastafarisme. Ce morceau de territoire est situé à Sashamané, qu’ils occupent encore jusqu’à aujourd’hui.

En 1966, l’empereur éthiopien Hailé Sélassié Ier débarque en Jamaïque pour une visite officielle. À sa plus grande surprise, il sera accueilli par des milliers de rastas qui l’acclament comme un dieu vivant. La foule était d’ailleurs tellement importante que l’on a dû faire appel à un médiateur pour la calmer.

Son arrivée en Jamaïque a d’ailleurs eu une énorme répercussion sur la foi des rastas. À l’époque, une rasta du nom de Rita Marley a affirmé avoir vu les stigmates du Christ sur les paumes du souverain. Et c’est aussi à cette même année que Bob Marley a décidé de devenir rasta. Malgré tout, le roi ne s’est jamais déclaré comme étant une divinité et sera resté très humble sur le sujet.

Les revers d’Hailé Sélassié
En tentant de faire de l’Éthiopie un pays plus moderne, Hailé Sélassié s’est retrouvé déchu de son trône. En 1935, il sera renversé par les troupes italiennes de Mussolini et sera contraint de s’exiler à Bath jusqu’en 1941. C’est seulement après la conquête du pays par les alliés qu’il reprendra son règne.

Sa gouvernance sera également beaucoup critiquée. En 1955, l’Éthiopie promulguait sa seconde constitution. Celle-ci n’était pas vue d’un bon œil par les partis politiques, car elle centralisait le pouvoir sur l’Empereur.

Bien avant son arrivée au trône, Tafari Makonnen était déjà considéré comme un excellent stratège. Il aura beaucoup contribué à la destitution de l’empereur Lij Yasu, qui était le petit fils de feu Ménélik II. C’est sans surprise qu’il aura été désigné comme successeur de l’impératrice Zauditu, la tante de l’empereur déchu, qui ne gouvernera que pendant 3 ans.

Hailé Sélassié avait aussi donné l’opportunité à de nombreux étudiants éthiopiens de bénéficier d’une formation à l’étranger. Pourtant, ce seront ces mêmes étudiants qui le dénonceront pour un manque de réforme.

Même s’il était un dirigeant reconnu pour sa droiture et sa sagesse à l’échelle internationale, son peuple était loin de l’apprécier. Et pour ne rien arranger, la région Éthiopienne du Wollo a été frappée par une terrible famine de 1973 à 1974. C’est là qu’à commencer la déchéance du dernier empereur d’Éthiopie.

La chute du dernier Empereur
Après 7 siècles à la tête de l’Éthiopie, le règne de la lignée Salomonide prend fin avec celui d’Hailé Sélassié. Après un long règne de 45 ans, il sera destitué à la suite d’une révolution.

Le début de la fin
1974 est une année noire pour le règne de Hailé Sélassié. Le mécontentement de son peuple grandit de jour en jour et il peine à contenir la famine qui sévit dans les campagnes de Wollo. Celle-ci fera d’ailleurs près de 200 000 morts. Le gouvernement éthiopien tentera d’étouffer l’affaire, mais des étudiants universitaires ne l’entendront pas de cette oreille et iront dans ces régions nordiques pour témoigner de la situation.
À partir de là, de nombreuses grèves font leur apparition. Toutes les couches de la société éthiopienne se liguent contre le gouvernement impérial, que ce soit violemment ou pacifiquement. Pour calmer les tensions, le négus fera une déclaration officielle le 5 mars 1974, promettant du changement et la mise en place d’une nouvelle monarchie constitutionnelle. Malheureusement, ses démarches ont été trop tardives, car la révolution s’était déjà emparée du pays.

Une révolution sans précédent
L’Éthiopie commence à bouillonner et les grèves se font de plus en plus nombreuses. Même les églises commencent à se révolter contre le pouvoir impérial. Celles-ci dénoncent les activités de corruption perpétrées par des personnes proches du pouvoir.
En septembre 1974, des affiches agressives contre l’Empereur sont placardées dans toute la capitale. Elles illustrent une image du souverain nourrissant ses chiens devant son palais à côté de l’image d’un homme affaibli et amaigri par la famine dans la région de Wollo.

Alors que son régime est au plus bas, Hailé Sélassié est attaqué de front par son vice-président, Mengistu Hailé Mariam qui est à la tête du Derg. L’Empereur sera dépossédé de son trône le 12 septembre 1974 à la suite d’une déclaration effectuée au palais royal par les membres de la Coordination des Forces Armées. Il sera ensuite emprisonné et décèdera dans des conditions mystérieuses le 27 août 1975, quelques mois seulement après sa chute.

Quelques hypothèses ont été émises autour des circonstances de sa mort : complications liées à sa récente opération de la prostate, strangulation… Selon certains, il aurait même été assassiné par Mengistu, qui l’aurait étouffé sous un oreiller. Mais cette version n’a jamais été confirmée.

L’héritage du Lion éthiopien
Plusieurs années après la mort du dernier Négus, les Éthiopiens sont encore divisés concernant leur opinion sur l’ancien régime impérialiste. Pour le cas des rastas restés en Terre sainte, sa déchéance a été une véritable descente aux enfers. Des 500 hectares de terre qu’ils occupaient, il n’en reste que 7 ou s’agglutinent encore près de 120 000 rastas. Malgré tout, il n’a rien perdu de sa popularité auprès de ces derniers et restera à jamais un modèle de courage de lutte contre les injustices à leurs yeux.

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